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Le pouvoir des mots

Le pouvoir des mots. La science du style.

Trouver le mot juste et approprié au contexte que l’écrivain veut dépeindre tout en adoptant un langage qui ne soit ni trop simple ni trop relevé reste un défi dans l’élaboration d’un ouvrage.

En effet, si l’auteur souhaite partager sa pensée le plus clairement et le plus simplement possible, on peut se demander quel langage il doit utiliser pour atteindre ce but et pour être lu par le plus grand nombre de lecteurs.

Le vocabulaire du langage courant, voire du langage parlé, est-il un vocabulaire trop simpliste et trop peu littéraire pour faire un bon ouvrage? Est-ce faire preuve de pédantisme que d’employer beaucoup de mots  recherchés? Faut-il constamment chercher à alléger son style ou peut-on se permettre de l’enrichir par des mots plus « savants »?

Le défi de l’écrivain

La langue française est riche et ses mots renferment de nombreuses subtilités. D’ailleurs, le dictionnaire Larousse contiendrait, dans sa version papier, plus de 63 000 mots, tandis que sa version Internet en contiendrait plus de 80 000. Et, tous les ans, il y serait ajouté environ 150 nouveaux mots. À noter que des mots scientifiques ou très particuliers ne nous intéressent pas forcément au quotidien. Cependant, nous en connaissons bien peu de ces nombreux noms, verbes, adverbes, adjectifs et autres! Il semble que, en moyenne, nous utiliserions seulement entre 3000 et 5000 mots, voire bien moins lors d’un usage de base.

Ainsi, le défi de l’écrivain est réel.

On n’aime pas à trouver dans un livre les mots qu’on ne pourrait pas se permettre de dire, et qui détournent l’attention, non par leur beauté, mais pas leur singularité. Mais on les tolère, on les aime même dans les vieux auteurs, parce qu’ils sont là un fait de l’histoire littéraire; ils montrent la naissance du langage, tandis que, dans les modernes, ils n’en montrent que la dépravation.

Joseph Joubert (1754-1824), Du Style, dans L’art d’écrire enseigné par les grands maîtres de Charles-Antoine Gidel)

Faut-il s’adapter au lecteur?

Selon cette affirmation du moraliste et essayiste français Joubert, l’écrivain serait irrémédiablement voué à n’utiliser qu’un langage adapté à ses contemporains au risque de paraître rétrograde et dépassé.

Mais l’écrivain ne se priverait-il pas de variantes lexicales qui donneraient davantage de saveur à son texte? Sans tomber dans l’excès de l’empilement de mots « savants », on peut certainement parsemer son texte de mots moins connus, parce que ce sont ceux-là qui expriment le mieux la pensée de l’auteur.

En fait, c’est la connaissance parfaite, par l’auteur, de la signification des mots qui guide leur savante utilisation. Ainsi, le lecteur, attiré par le mot qui éclaire la phrase et, de fait, l’action, se sentira poussé à en connaître la réelle définition. Il conservera peut-être même ce mot particulier en mémoire.

La science des mots

Joubert croit que l’écrivain doit connaître la science des mots sans laquelle il lui est impossible d’utiliser le langage à bon escient. Car c’est peut-être de ce mauvais usage de mots « savants » que des textes sont jugés pédants.

Le nom d’une chose n’en montre que l’apparence. Les noms bien entendus, bien pénétrés, contiendraient toutes les sciences. La science des noms! Nous n’en avons que l’art, et même nous en avons peu l’art, parce que nous n’en avons pas assez la science. Quand on entend parfaitement un mot, il devient comme transparent; on en voit la couleur, la forme; on sent son poids, on aperçoit sa dimension, et on sait le placer. Il faut souvent, pour bien en connaître le sens, la force, la propriété, avoir appris son histoire. La science des mots enseignerait tout l’art du style. Voilà pourquoi, quand une langue a eu plusieurs âges, comme la nôtre, les vieux livres sont bons à lire. Avec eux, on remonte à ses sources, et on la contemple dans son cours. Pour bien écrire le français, il faudrait entendre le gaulois. Notre langue est comme la mine où l’or ne se trouve qu’à de certaines profondeurs.

On comprend donc que, même si l’écrivain doit adapter le vocabulaire qu’il utilise à ses contemporains, il devrait néanmoins s’extraire de la palette du langage trop simpliste.

Il est une foule de mots usuels qui n’ont qu’un demi-sens, et sont comme des demi-sons. Ils ne sont bons qu’à circuler dans le parlage, comme les liards dans le commerce. On ne doit pas les étaler, en les enchâssant dans des phrases, quand on pérore ou qu’on écrit. Il faut bien se garder surtout de les faire entrer dans des vers; on commettrait la même faute que le compositeur qui admettrait, dans sa musique, des sons qui ne seraient pas des tons, ou des tons qui ne seraient pas des notes.

Joubert

Le mot juste et utile

Mais, le mot plus « savant » doit toujours être juste et justifié. Joubert ajoute :

Quand les mots n’apprennent rien, c’est-à-dire lorsqu’ils ne sont pas plus propres que d’autres à exprimer une pensée, et qu’ils n’ont avec elle aucune union nécessaire, la mémoire ne peut se résoudre à les retenir, ou ne les retient qu’avec peine, parce qu’elle est obligée d’employer une sorte de violence pour lier ensemble des choses qui tendent à se séparer. Avant d’employer un beau mot, faites-lui une place .

Il y a des mots qui sont à d’autres ce que le genre est à l’espèce, ou ce que l’espèce est au genre. Les mots genre ont un sens plus large et plus vague; ils ont de l’ampleur et sont flottants. C’est pour cela qu’ils conviennent au style très-noble. Les mots espèces conviennent au style concis, parce qu’ils pressent le sens, le serrent et l’ajustent. C’est le justaucorps, le vêtement d’utilité. Les autres sont toges et manteaux, habits de décence, de dignité et de parade.

Joseph Joubert

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