8 jours après Noël

8 jours après Noël

À l’époque de la Nouvelle-France, sous l’ancien régime, la religion catholique dictait la majorité des actes du quotidien. La religion catholique était non seulement la religion d’État, mais elle était également le socle du folklore de l’habitant. Avec la Conquête, des traditions se sont progressivement perdues ; des traditions religieuses à l’usage de la langue française d’ailleurs.

Les célébrations religieuses

En Nouvelle-France, il était impensable de ne pas se rendre à la messe. Manquer une messe exposait d’ailleurs l’habitant à une peine de prison ou à une amende. Outre l’obligation d’aller à la messe, le dimanche était un jour pendant lequel il était interdit de travailler, sauf pour des raisons extrêmement sérieuses. Ainsi, explique Roy (1919), si le curé en donnait l’autorisation et s’il y avait un risque qu’il perde une récolte, le paysan pouvait repartir à ses champs; mais, seulement après avoir fait acte de présence à la messe.

Dans la première moitié du XXe siècle, 58 fêtes religieuses étaient encore obligatoires pour les catholiques, incluant la messe du dimanche. Du temps de la Nouvelle-France, les fêtes dites d’obligation étaient au nombre de 27, auxquelles on ajoutait la fête du saint patron de la paroisse et, bien sûr, les 52 messes du dimanche dans l’année.

Un petit calcul nous montre que les habitants de la Nouvelle-France allaient à la messe 80 fois dans l’année dans des églises qui n’étaient, bien sûr, pas chauffées !

La fête de la Circoncision de Jésus

Le premier jour de l’année correspondait aussi à une fête religieuse d’obligation qui était appelée la Circoncision. En effet, 8 jours après Noël, soit le 1er janvier, les catholiques fêtaient la Circoncision de Jésus. Cette appellation est partie aux oubliettes en 1974. L’Église Catholique romaine, par l’intermédiaire de son chef spirituel le pape Paul VI, a décidé de remplacer la fête de la Circoncision de Jésus par la célébration de Sainte-Marie, Mère de Dieu.

Bien avant la naissance de Jésus, la circoncision était un acte pratiqué par plusieurs peuples. Cela consistait à couper le prépuce avec un couteau de silex. Dans le mythe hébreu, la circoncision est imposée par Dieu à Abraham : « Tous vos mâles seront circoncis… ce qui deviendra le signe de l’Alliance entre moi et vous » (Gn 17,10-11, dans Autané, n.d.).

Bien que cela n’ait jamais été une obligation, tout garçon pouvait être présenté au Temple 40 jours après sa naissance et offert à Dieu; la mère devait offrir au préalable un sacrifice de purification, à cause de son écoulement de sang lors de l’accouchement (Lv 12). Luc, en décrivant cet épisode, montre que Jésus, dès son quarantième jour, entre dans le Temple, la maison de son Père (comme il le dira à douze ans).

Les lois de l’Exode demandent la consécration au Seigneur de tout garçon premier-né (Ex 13,1). L’idée sous-jacente est que le premier-né doit servir le Seigneur d’une manière spéciale, car celui-ci l’a sauvé, tandis qu’il frappait tout premier-né égyptien (Ex 11,5). Dans les faits, ce sont les lévites qui assurent le service du culte à la place de tous les premiers-nés d’Israël (Nb 3,12-13) et ceux-ci doivent être rachetés par un sacrifice et le versement au Temple de cinq sheqels (Nb 18,1516).

Autané, n.d.

Le Premier de l'an

La première fête de l’année, sous le régime français comme aujourd’hui, était la Circoncision, mais elle était plutôt connue dans le peuple sous le nom de Jour de l’an. On ne disait pas le premier jour de l’an, mais tout simplement le Jour de l’an parce que ce jour à lui seul valait toute l’année. Noël et Pâques sont des fêtes qui ont leur cachet religieux. Mais, pour le Canadien-français, le Jour de l’an était à la fois une fête religieuse et une fête de famille. Les enfants attendaient le premier jour de l’année avec impatience. Les parents ne le désiraient pas avec moins de hâte. La joie et le bonheur des parents ne sont-ils pas faits de la joie et du bonheur de leurs enfants ?

Le Jour de l’an, tout le monde allait à l’église, puis, après la messe, les enfants mariés se réunissaient à la maison paternelle avec le reste de la famille. Avant la distribution des étrennes aux enfants, la mère, les fils, les filles, les petits-enfants, s’agenouillaient devant le chef de famille et celui-ci leur donnait sa bénédiction. Cette coutume, si en honneur autrefois, tend à disparaître dans les villes. Dans bien des foyers, hélas ! Le père n’est plus le chef. Les fils et les filles, parce qu’ils gagnent leur vie eux-mêmes, se croient indépendants des auteurs de leurs jours. Ils croient s’humilier en s’agenouillant devant le père qui, pourtant dans la famille, est le représentant de Dieu comme le curé l’est dans la paroisse. Grâce à Dieu, la bénédiction paternelle est encore en honneur dans nombre de foyers. Conservons cette belle, cette sublime coutume. La bénédiction du père n’a jamais fait de mal à ses enfants et que ceux-ci n’oublient pas que s’ils ont honte de s’agenouiller devant leur père, leurs propres fils, à leur tour, refuseront de les respecter.

Roy, 1919

Après le Jour de l'An, l'Épiphanie

L’Épiphanie (ou fête des Rois) est une fête religieuse qui est célébrée le 6 janvier. En Nouvelle-France, ce jour était donc célébré dans les églises où des chanoines représentaient les rois mages : Melchior, Gaspard et Balthazar.

Cette fête est traditionnellement accompagnée de la dégustation d’un gâteau : la galette des Rois qui symbolise le retour de la lumière après de longues nuits d’hiver (Église catholique en France, n. d.). Dans le nord de la France, la galette de pâte feuilletée est fourrée de frangipane. Dans le sud, on trouve davantage la brioche en forme de couronne qui symbolise celle des rois. Si la coutume de la galette existe depuis le XIVe siècle en France, elle est jugée païenne par le courant janséniste des XVIe et XVIIe siècles (Église catholique en France, n. d.).

En Nouvelle-France, le traditionnel gâteau était fait de fève et de pois (La Presse, 1918).

Les traditions se perdent

(…) Naguère, les fêtes, c’était une joyeuse période qui commençait la veille de Noël et se terminait le jour des Rois. C’était le jour de l’an qui, au milieu de cette période, était le jour marquant, le principal. Le jour de Noël revêtait le côté mystique et tout religieux de cette décade. Du côté social, il ne comptait guère. Le jour de l’an était pour le Canada français, la véritable fête sociale de la nation.

On a considérablement modifié cet état de choses et on a adopté la coutume anglaise de prendre le jour de Noël comme fête sociale de l’année. Notre jour de l’An compte encore un peu pour les enfants seulement ; pour les grandes personnes à peu près pas. (…) C’est plutôt à Noël à présent que s’échangent les étrennes, que se donnent les dîners de famille. L’arbre de Noël, pour les enfants des villes, a remplacé le bas du jour de l’an.

La Presse, 1918

TRAVAUX CITÉS

Autané, M. (n. d.). Circoncision de Jésus et présentation au Temple (Luc 2, 21-39). Consulté le Décembre 2019, sur Bible service. Le portail de référence en France de la lecture biblique: https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/200010

Église catholique en France. (n. d.). Fêtes de l’Épiphanie en Occident, la “fête des Rois”, et quelques traditions. Récupéré sur https://eglise.catholique.fr/approfondir-sa-foi/la-celebration-de-la-foi/lesgrandes-fetes%20chretiennes/epiphanie/372242-fete-de-lepiphanie-en-occident-la-fete-des-rois-et-qu/

La Presse. (1918). Ah! nos traditions. Dans R. Montpetit, Le temps des fêtes au Québec (p. 285. 1978). Montréal: Éditions de l’Homme.

Roy, P.-G. (1919). Les petites choses de notre histoire (Vol. 7). Lévis.

Illustration d’entête : Auteur inconnu. Circoncision de Jésus. Miniature d’un missel, v.1460. Bibliothèque municipale de Clermont-Ferrand.

Illustration de la bénédiction paternelle. Montpetit, Raymond (1978). La bénédiction paternelle dans Le temps des fêtes au Québec. Montréal : Éditions de l’Homme

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