WOOCS 1.2.5

Art d'écrire: faire ou ne pas faire un plan?

Certains écrivains affirment que l’élaboration d’un plan est primordiale avant tout acte d’écriture. D’autres laissent plutôt courir leur imagination, le plan se dessinant au fur et à mesure des scènes qu’ils entrevoient et de l’intrigue qu’ils mènent. Pour ma part, je n’écris pas un plan définitif. Mais, j’élabore quelques idées sur papier, puis je les peaufine, car beaucoup de ces idées murissent dans mon esprit avec le temps. Bâtir un plan dépend de chacun. Toutefois, sans doute peut-on affirmer qu’un plan plus ou moins élaboré est présent à l’esprit de l’écrivain, car il en va de la cohérence de son œuvre.

Faut-il ou non faire un plan précis avant d’écrire?

Imaginons un marcheur qui part pour une promenade. Celui-ci prend un sentier quelconque et commence son périple. Il n’a pas de but précis, pas d’heure à respecter, aucune contrainte. Il marche, encore et encore, appréciant le soleil qui se pose sur sa peau, le léger souffle d’air qui lui rafraîchit le visage, les oiseaux qui pépient sur son passage, la nature qui le salue à chacun de ses pas. Tout est fantastiquement délicieux.

Mais, le soleil décline. La fraîcheur du soir s’installe progressivement. Les ombres des grands arbres assombrissent son chemin. Les oiseaux rieurs laissent place aux hiboux moquePris par la nuiturs. Le souffle de la brise le fait maintenant tressaillir. Il se raidit. Il craint la pénombre totale. La solitude l’inquiète soudainement. Comme il n’a atteint aucun objectif au terme de sa promenade, car il n’en avait défini aucun, et qu’il ne se sent pas à l’aise sur le chemin qu’il a pourtant choisi, il est contraint de faire demi-tour.

Ce marcheur n’a pas totalement perdu son temps; il s’est offert le luxe d’explorer des avenues jusque-là inconnues. Il a profité d’un temps d’insouciance et d’absence de contraintes fort agréable parfois. Néanmoins, il a dû faire demi-tour, car son escapade ne le menait nulle part.

Émile Sedeyn écrivait en 1939, dans son ouvrage L’art d’écrire, cours de rédaction par correspondance :

Un grand nombre de débutant – nous avons dû le constater ­­– montrent de la répugnance pour l’étude préalable du sujet et pour l’élaboration du plan. Impatients de réaliser, ils partent sans savoir exactement où ils veulent aller. Ils comptent sur l’inspiration, sur la fantaisie, sur leur verve, sur les belles rencontres d’idées. Ils déclarent tout net : « Ces disciplines me paralysent. À tant vouloir assurer mon essor, j’épuise mes forces. C’est dans l’enthousiasme que je veux composer. » Ou bien ils reprochent aveuglément à la méthode que nous leur proposons d’exercer une contrainte sur leur personnalité. N’est-il pas juste, n’est-il pas naturel que chacun compose à sa manière?

(…)

Le brouillon, c’est le chaos. Le plan, c’est l’idée schématiquement, mais clairement exprimée. Il vaut évidemment mieux étudier patiemment le plan que de peiner en vain sur le travail de rédaction.

Lorsque j’étais lycéenne et que je devais écrire des dissertations, le professeur nous disait de bâtir un plan, puis de rédiger la conclusion; l’introduction s’écrivant en dernier. J’avoue humblement que je ne saisissais pas la subtilité de la méthode qui, de plus, m’ennuyait profondément. Il me paraissait bien plus logique de commencer par l’introduction, car c’est elle qui gère l’idée. J’avais tort. Comme le dit encore Émile Seyden, auteur que nous allons reprendre régulièrement dans ce texte, « l’idée est le germe de l’œuvre ». J’ajouterai : ce n’est que le germe. La poser en premier lieu n’est qu’un cri de joie, l’annonce, à tous ceux qui voudraient l’entendre, de notre fertile imagination. Mais qu’adviendra-t-il de cette belle idée si elle ne répond pas à une quête?

Gardons l’analogie de la plante. Le germe, nous le savons, au terme de journées d’amour et de soins deviendra une belle plante. Cette plante, nous la visualisons. À peu de chose près, nous en connaissons la forme définitive. Nous bichonnons donc notre germe avec l’espoir d’obtenir le produit final qui habite notre esprit.

Vous avez une idée, vous êtes en possession d’un sujet. C’est-à-dire que parmi les impressions recueillies ou parmi les images qui se sont présentées à lui, votre cerveau a fait un choix. Cet état s’accompagne à l’ordinaire d’une certaine allégresse, qui varie avec les tempéraments et avec les sujets. Le journaliste qui rencontre dans l’actualité une idée de chronique, le conteur qui découvre la nuance psychologique, le trait de mœurs ou la « situation » dont il espère tirer la valeur d’une colonne et demie de journal quotidien, ne peuvent certes éprouver le même élan de fierté, d’enthousiasme, de griserie délicieuse, qui élève un moment au-dessus de lui-même le poète ou le dramaturge soudain visité par la divine inspiration. Mais de part et d’autre, au premier moment, il y a satisfaction très prononcée, par conséquent perte momentanée de jugement. De là, nécessité absolue de faire subir à l’idée ainsi conçue dans la joie un examen très attentif et très rigoureux avant de passer à son utilisation.

Sedeyn, 1939

L’idée de départ, aussi géniale soit-elle, doit donc être nourrie de multiples autres petites idées. Certaines seront tout aussi bonnes que la première, d’autres seront inutiles. Nous avons déjà dessiné une partie de notre plan.

Puis, nous allons nourrir encore chacune de nos idées secondaires et réaliser le même procédé d’acceptation ou de rejet. Dans une sorte de réflexion circulaire entre l’idée principale et les idées secondaires, le projet d’écriture prend une direction affirmée que l’imagination peut dès lors abreuver.

Certes, l’idée de départ a perdu de son « génie » et de sa spontanéité et, peut-être, croyez-vous être brisé dans votre élan créatif. Mais plutôt que de vouloir créer une variété de rose, dont on sait que cela demande au moins une moitié de décennie, ne vaut-il pas mieux tenter un bouturage, qui ne sera, d’ailleurs, pas très aisé non plus.

Une œuvre écrite sans plan aura quelquefois les qualités d’un vagabondage littéraire : vivacité, fantaisie, imprévu. Elle en aura beaucoup plus sûrement les défauts; en particulier le désordre et l’incohérence. Quand un écrivain consciencieux, quand un véritable écrivain doué de sens critique, en relisant son manuscrit, découvre se si graves imperfections, il ne peut avoir qu’un désir : refondre l’ouvrage qu’il vient de terminer, en élaguant ici, en ajoutant ailleurs. Forcément fastidieuse, une telle révision risque en outre de détruire l’aisance, la fraîcheur, l’impression de primesaut qui pouvaient caractériser le premier état. Il faut bien le reconnaître, au surplus, que la plupart des auteurs se voient contraints d’y renoncer faute de temps : c’est pourquoi paraissent tant de livres dont on peut dire qu’ils ont des qualités brillantes, mais dont il faut ajouter que ce n’en sont pas moins des livres mal faits.

Sedeyn ,1939

Ainsi, l’idée s’est épanouie dans un plan. Elle y a puisé sa saveur particulière et ce plan vous a fourni la direction de votre œuvre. Vous pouvez dorénavant y placer votre personnalité et l’abreuver de votre imagination. Parce qu’il serait faux de dire qu’un plan annihile l’imagination. Au contraire, il la nourrit, parce qu’il ouvre des voies que vous n’auriez pas soupçonnées si ce travail préparatoire n’avait pas été fait.

L’imagination n’est pas qu’un don naturel, c’est le résultat de l’enrichissement d’une idée sous la structure d’un plan.

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