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Art d'écrire: l’indispensable relecteur aux côtés d’un écrivain

« En général, on s’imagine avoir du talent, parce qu’on prend pour du talent le don d’assimilation et la facilité d’écrire. Comment peut-on arriver à savoir si l’on a vraiment du talent et si ce qu’on écrit vaut quelque chose? Il n’y a qu’un moyen : c’est de le demander aux autres », nous explique Antoine Albalat (1925) dans son ouvrage Comment on devient écrivain.

Un conseil toujours très vrai

Oui, nous avons tous besoin d’un relecteur pour notre texte avant de pouvoir le considérer comme terminé. Juger seul son écrit relève d’une grande prouesse.

« Peu de gens sont capables de juger leurs propres ouvrages. Qu’on se loue ou qu’on se critique, on se trompe presque toujours : ou on est indulgent ou on est injuste. (…) Littérairement, personne ne se connaît, personne ne se voit. Pour se connaître et pour se voir, il faut faire appel aux lumières d’autrui. (…) Roman, dialogue, poésie, nouvelles, on ne peut juger son œuvre qu’après l’avoir laissée refroidir pendant quelque temps. Il faudrait la relire six mois au moins après qu’on l’a écrite. Comme on ne peut attendre indéfiniment, le mieux est de soumettre sa production à des personnes de confiance », ajoute Albalat.

Confier dans les mains d’un autre ce que nous avons produit pour qu’il y jette un regard critique juste et éclairé n’est pas un exercice anodin. C’est une démarche difficile qui appelle de notre part une grande humilité; fébrile, inquiet, nous savons que de ce verdict découlera le travail qu’il reste à faire.

Mais surtout, nous redoutons l’avis négatif.

Du positif dans le négatif

Les meilleurs écrivains ne font pas toujours des chefs d’œuvre. Parfois, leur notoriété excuse leurs faiblesses et les lecteurs s’accommodent de longueurs ou de lourdeurs parce que l’ouvrage a été écrit par monsieur ou madame x. Peut-être, ces écrivains-là ont-ils manqué la critique d’un relecteur avisé ou ne l’ont-ils pas écouté par vanité?

Quoi qu’il en soit, d’autant lorsque l’on débute, prendre le positif dans la critique que l’on nous soumet, même celle qui est négative, ne peut que nous faire avancer et progresser. Bien sûr, il n’est pas agréable de se faire dire que le passage que l’on a écrit avec tant de passion ne reflète pas, chez le lecteur, toute la puissance que l’on pensait y avoir inscrite.

Qu’il est dur d’entendre que la fin que l’on croyait si percutante ne produit, finalement, aucun effet. Comme il est vexant de devoir remanier tel ou tel chapitre, parce qu’il n’a pas sa place, tel qu’écrit, dans l’ouvrage. Combien c’est fatigant d’avoir à réécrire telles ou telles phrases parce que mal construites. La liste des erreurs que l’on peut commettre semble infinie.

Mais la satisfaction est également immense lorsque, après avoir retravaillé avec rigueur les faiblesses de son texte, on voit dans les yeux de notre relecteur le plaisir de sa lecture.

Le reproche que l’on peut faire aux éditeurs, d’ailleurs, est de ne pas nous envoyer leurs critiques avec le refus d’un ouvrage. Nous pouvons comprendre qu’ils n’en ont pas le temps au regard du nombre important de manuscrits qu’ils reçoivent. Cependant, notre frustration fait dès lors s’emballer notre imagination et, plutôt que de comprendre là où notre texte achoppe, on accuse de tous nos maux l’éditeur en question.

De nombreuses raisons peuvent être la cause d’un refus d’un éditeur. Autant mettre toutes les chances de son côté pour que ce ne soit pas par défaut de relecture et de corrections.

Le nécessaire détachement

Pour opérer les corrections judicieuses qu’un relecteur nous a soumises, il est nécessaire de nous détacher de notre écrit. Est-ce par orgueil ou par méconnaissance que nous souhaitons absolument conserver ce passage, faisant fi des conseils reçus?

Imaginons que ce soit l’orgueil.

Nous sommes tellement persuadés que notre texte,  écrit avec une énergie débordante, est bon que nous ne voulons rien en toucher. Pourtant, notre relecteur nous affirme que les phrases sont trop longues, que le passage ne sert pas l’histoire, que le vocabulaire utilisé tranche avec le reste, etc. Mais non! Nous tenons mordicus à le conserver. Le couper est une insulte à notre art ou à notre intention d’écrivain et même à notre créativité. Nous n’entendons pas, nous ne comprenons pas et nous nous butons.

Imaginons que ce soit par méconnaissance.

Nous ne voyons pas que le passage écrit ne sert à rien, qu’il alourdit l’ouvrage en entier, qu’il lui fait perdre de la cohérence. Nous ne sommes pas capables de discerner que le plan suivi n’est pas rigoureux. Notre personnage principal se perd dans les personnages secondaires et le lecteur ne fait pas la différence. Nous ne savons pas qu’il ne sert à rien de décrire une poignée de porte de son concept à son utilisation en passant par sa fabrication. Il faut se rendre compte que nous manquons de techniques d’écriture.

Oui, écrire est vraiment difficile, il ne suffit pas de savoir taper au clavier pour aligner des voyelles et des consonnes. Mais, là aussi nous pouvons nous buter à l’écoute d’un conseil, parce qu’il est difficile d’accepter son ignorance.

Je me souviens d’une personne me rapportant que son éditeur lui avait demandé d’élaguer son texte, ce à quoi elle se refusait. En effet, pour elle, toute la saveur de son ouvrage résidait dans le reproche qu’on lui faisait pourtant. Qui avait tort? Qui avait raison?

Apprendre à se détacher de son texte pour écouter sans émotion mal placée ce que les autres en ont à dire est très souvent bénéfique. Ceci revient à dire que c’est indispensable.

Garder confiance

On doit accepter la critique, certes, et en apprendre pour s’améliorer. Il ne faudrait pas tomber cependant dans l’excès inverse en adaptant son texte à chaque fois que quelqu’un vous suggère une modification.

Je n’arrive à quelque chose, dit Chateaubriand, qu’après de longs efforts; je refais vingt fois la même page et j’en suis toujours mécontent. Je n’ai pas la moindre confiance en moi; peut-être même ai-je trop de facilité à recevoir les avis qu’on veut bien me donner; il dépend presque du premier venu de me faire changer ou supprimer tout un passage : je crois toujours que l’on juge ou que l’on voit mieux que moi.

(Dans Albalat, 1925)

Pour accepter une critique comme constructive, il est nécessaire de nouer avec le primorelecteur une relation de confiance qui s’organise comme une forme de mentorat. On doit reconnaître que son jugement est juste et il doit savoir nous dire la vérité avec diplomatie afin de ménager notre susceptibilité. Je mentionne ici le primorelecteur, car c’est celui dans lequel la plus grande partie de notre confiance est placée. De lui, nous acceptons des changements majeurs. De lui, nous sommes capables d’admettre et de comprendre nos erreurs. C’est une relation de travail saine et éclairée. Il n’est pas nécessaire d’ailleurs que ce relecteur soit un professionnel de l’édition ou un spécialiste en littérature. « L’essentiel est de choisir quelqu’un d’intelligent, qui ait sincèrement le souci de votre réputation et de votre avenir » (Albalat).

Puis, nous pouvons faire appel à d’autres relecteurs de tranches d’âge différentes, par exemple, afin de connaître l’impression du texte sur un public diversifié, ou de forces différentes : un pour les corrections grammaticales, l’autre pour la cohérence de l’histoire, un autre encore pour la particularité du sujet, etc.  L’idéal est de pouvoir s’entourer de relecteurs capables de juger autant de la forme que du fond de notre histoire.

Ce relecteur peut être un ami. Mais pas celui qui nous tape sur l’épaule pour un oui ou pour un non en nous disant que l’on est formidable. La critique de votre relecteur doit être signifiante et utile pour vous, l’écrivain.

Conclusion

Reprenons encore une fois Antoine Albalat pour conclure, car il l’écrit si bien qu’il n’est pas nécessaire de changer un moindre mot :

« Les conseillers ne sont pas infaillibles, ils peuvent se tromper, eux aussi, comme tout le monde ». Oui, sans doute, les conseillers peuvent se tromper, mais moins souvent que vous, qui êtes ébloui par votre œuvre. On ne saura jamais tous les défauts qu’on peut éviter en écoutant des juges qui n’ont aucune raison de s’illusionner, qui représentent la majorité des lecteurs et dont il vous reste, en somme, le droit de contrôler vous-mêmes l’arrêt. Il est de votre intérêt que le public ne soit pas trompé et, pour ne pas tromper les autres, il faut d’abord ne pas se tromper soi-même.

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