Conduite à tenir en cas d’épidémie

Conduite à tenir en cas d'épidémie

Pour servir l’histoire de mon deuxième roman qui se déroule en 1604 et 1605, majoritairement en France, j’ai dû effectuer des recherches sur des épidémies de peste. Il me fallait notamment m’assurer des dates et des lieux de leur réapparition. Et, me documentant sur le sujet, je suis tombée sur une histoire de Nantes écrite par le médecin Ange Guépin (1839), ouvrage illustré de croquis de l’artiste P. Hawke. Ce que l’auteur nous raconte concernant les maladies contagieuses interpelle en ces temps troublés par la maladie à coronavirus. Retenons notamment cette phrase : « la peur du mal fait naître le mal de la peur » (Guépin & Hawke, 1839). Quoi de plus d’actualité !

Mais, voyons ce dont il était question à l’époque.

Épidémies à Nantes

Peste, typhus, choléra, quand la syphilis ne s’ajoute pas à cela, sont parmi les grands fléaux des siècles passés ayant entraîné de fortes mortalités. Pour tenter d’endiguer ces épidémies et de protéger la population, des dispositions draconiennes ont souvent été mises en place.

Par exemple, à Nantes, un règlement de 1583 autorise la police à faire respecter la mise en œuvre de mesures pour arrêter la peste qui ne cesse de faire des ravages depuis de longues années. Guépin (1839) rapporte que :

  • L’habitant doit balayer son pavé sous peine d’amende ;
  • Des latrines doivent être installées dans chaque maison ;
  • Les anciennes fosses d’aisances doivent être vidangées la nuit, de 10 heures du soir à 2 h du matin ;
  • Pour neutraliser les odeurs, les maisons doivent être parfumées avec de l’encens ;
  • Trois fois par semaine, à chaque carrefour, un feu public doit être allumé avec le bois sec fourni par les habitants. À défaut, l’amende est de 5 sous ;
  • Les maisons pestiférées doivent être nettoyées aux frais des habitants ou des propriétaires ;
  • Les habitants malades doivent être vêtus d’une toile de lin avec une croix blanche dessinée sur la poitrine et sur le dos. De plus, ils doivent porter une baguette blanche à la main avec une cloche au bout pour avertir les gens sains de leur arrivée ;
  • Les convalescents qui se montreraient en public avant la fin des quarante jours d’isolement seront fouettés ou auront à payer 10 écus d’amende ;
  • Etc.

Malgré toutes ces mesures, Nantes n’est jamais vraiment épargnée par les épidémies qui sévissent encore tout au long du XVIIe siècle.

L'épidémie de 1602

Le 5 septembre 1602, le centre-ville de Nantes subit les assauts d’une maladie mortelle et contagieuse. Il s’agissait, selon Guépin (1839), « des dyssenteries présentant un caractère typhoïde ». Devant la menace, le bureau de la ville doit réagir rapidement. Il choisit promptement un prêtre pour s’occuper des malades de l’hôpital (le Sanitat). Celui-ci, en contrepartie de ses bonnes œuvres, reçoit une robe neuve, de la nourriture et le logement ainsi que de « 7 écus sols ½ par mois, payables d’avance » (Guépin & Hawke, 1839). On suppose qu’il fallait de bons arguments pour convaincre le curé, tout homme de Dieu qu’il était, de risquer sa vie au chevet des contagieux.

Costume de médecin de lazaret à Marseille en 1720

Costume de médecin de lazaret à Marseille en 1720

Le bureau de la ville a plus de mal à trouver un chirurgien, car tous ceux qui sont approchés demandent des gages jugés exorbitants. Un nommé Pierre Sylvestre, chirurgien de son état, accepte toutefois la charge contre un « logement dans la rue de la Boucherie, près de la porte de Sauveteut, 50 écus d’or pour se meubler, 50 écus par mois, payables d’avance, et la promesse de 80 écus de gratification aussitôt que l’épidémie aura cessé » (Guépin & Hawke, 1839, p. 305). Sylvestre s’engage à recruter et à payer un apprenti chirurgien pour effectuer les pansements des malades de l’hôpital et « soigner les pestiférés de la ville et des faubourgs » (Ibid.).

Mais, Sylvestre succombe lui aussi à la maladie. Plus aucun maître chirurgien ne veut dès lors le remplacer, quel que soit le salaire versé. À défaut de trouver un spécialiste, c’est un garçon chirurgien qui a le courage de se dévouer. Il y gagne « 40 écus par mois, 20 écus pour son ameublement et la maîtrise à la cessation de l’épidémie (…) » (Ibid.).

Mesures prises contre l'épidémie de 1602

  • La fermeture par cadenas des maisons qui renfermaient des malades ;
  • Les produits nécessaires étaient passés par les fenêtres ;
  • Les convalescents devaient passer dix à douze jours en quarantaine, à leurs frais, s’ils en avaient les moyens, et aux frais de la ville, s’ils étaient pauvres ;
  • Les ateliers des tripiers étaient renvoyés hors de la ville ;
  • Les animaux destinés à être abattus étaient retenus en dehors des murs ;
  • Les rues devaient être nettoyées ;
  • Des feux étaient allumés dans les carrefours ;
  • Les marchés étaient transportés hors de la ville ;
  • Etc.

Ce qu'en conclut le médecin Guépin

Quelques-unes de ces mesures étaient prudentes, mais la séquestration complète des malades ne pouvait qu’aider aux progrès de la maladie, en condamnant des personnes saines à vivre dans un air vicié ; et, par suite, en transformant un grand nombre de maisons en foyers d’infection. Cependant la maladie céda, parce qu’il est dans la nature de toutes les épidémies de cesser, au moins momentanément, au bout de quelque temps ; mais ce ne fut qu’après avoir fait des ravages et moissonné un grand nombre d’habitants, que des mesures plus prudentes eussent pu préserver.

(…)

Nous devons remarquer encore que jamais la séquestration et les mesures les plus rigoureuses n’ont entravé les maladies contagieuses dans leur marche. Une sévérité excessive appelle l’attention des esprits faibles, exagère à leurs yeux les dangers de l’épidémie ; la peur du mal fait naître le mal de la peur, et prédispose singulièrement à subir les fâcheuses influences d’une atmosphère qui renferme des miasmes dangereux. Les soins de propreté, les mesures hygiéniques et les moyens propres à distraire les imaginations faibles préserveront cent fois mieux une ville du typhus, de la peste ou du choléra, que les cordons sanitaires et les lazarets[1]. Chaque jour cette opinion, que les faits historiques confirment, acquiert de nouveaux partisans parmi les hommes les plus éclairés, et bientôt les médecins des lazarets, et les autres employés de ces établissements seront les seuls à soutenir une doctrine vieillie, sur laquelle reposent les abus dont ils profitent. Les ordonnances du bureau de ville de Nantes, en 1602, loin de calmer les inquiétudes des habitants, contribuèrent à les augmenter.

Guépin, 1839

  1. Établissements de mise en quarantaine des passagers, équipages et marchandises en provenance de ports où sévissait la peste.

TRAVAUX CITÉS

Guépin, A., & Hawke, P. (1839). Histoire de Nantes (éd. 2e). Nantes : Prosper Sebire, libraire ; C. Mellinet, imprimeur.

Illustrations : Robert, L.-J.-M. (1826). Guide sanitaire des gouvernements européens ou Nouvelles recherches sur la fièvre jaune et le choléra-morbus : maladies qui doivent être considérées aujourd’hui comme identiques… (Vol. 2). Paris.

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