L’explorateur Giovanni da Verrazano : sa vie, ses voyages (Partie 1)

L’explorateur Giovanni da Verrazano : sa vie, ses voyages (Partie 1)

L’historien Trudel déclare : « Si en Amérique l’Empire britannique commence avec un Italien, Giovanni Caboto, l’Empire français commence lui aussi avec un autre Italien, Giovanni da Verrazano » (Trudel, 1962). En effet, les Italiens ont découvert l’Amérique pour l’Espagne, avec le Génois Christophe Colomb (Cristoforo Colombo); pour l’Angleterre, grâce au Vénitien Jean Cabot (Giovanni Caboto); pour la France, avec le Florentin Jean Verrazano (Giovanni da Verrazano).

Verrazano est le moins connu des trois : « nul explorateur du XVIe siècle n’a été plus méconnu que Verrazano. Une sorte de fatalité s’est abattue sur lui qui a détruit ou mutilé les documents qui rendaient compte de son voyage » (Julien, 1946). Par exemple, la lettre que l’explorateur a envoyée à François 1er pour rendre compte de son voyage de 1524 n’a été retrouvée qu’en 1909 et ce n’était pas un original. Il s’avère aussi que les mémoires de l’explorateur ont été détruits lors du siège de Florence en 1529 (Hebbinckuys, 2011).

L’historien italien né en 1485, Giovanni-Baptista Ramusio, aurait eu entre les mains une copie de cette lettre adressée à François 1er. Dans son Discours sur la découverte du Labrador, des Bacchalaos et de la Nouvelle-France, Ramusio écrit :

En l’an 1524, un grand capitaine du Roi Très-Chrétien, François, nommé Giovanni da Verrazzano, Florentin, a navigué le long de ladite terre. Il a parcouru toute la côte jusqu’à la Floride, comme on le voit spécialement par sa lettre au dit roi. Mous n’avons pu avoir que cette lettre, les autres se sont perdues dans les troubles de la pauvre cité de Florence.

Gravier, 1898

Ainsi, faute de documents, les voyages de Verrazano sont longtemps passés sous silence. Ces voyages ont, de plus, été jugés par certains comme relevant d’une initiative privée. Pourtant, les expéditions de Verrazano étaient, à la vérité, très officielles, bien que la commission qui l’a mandaté n’ait pas été retrouvée. « Outre son appui, le monarque [François 1er] avait mis plusieurs vaisseaux, dont La Dauphine, à la disposition du capitaine » (Hebbinckuys, 2011).

Giovanni da Verrazzano a entrepris trois grands voyages au service de la France : « le premier eut lieu du 19 janvier 1524 au 8 juillet de la même année, le second du 15 juin 1526 à l’automne 1527 et le troisième s’inscrit, selon toute vraisemblance, entre avril 1528 et mars 1529 » (Picquet, 1999).

Malheureusement, l’explorateur Verrazano ne reviendra jamais de cette troisième expédition. Capturé sur une île des Antilles avec six de ses compagnons, il meurt dans des circonstances terribles : massacré, dépecé, mangé.

Durant ses voyages, Giovanni était accompagné de son frère Girolamo (Jérôme), l’auteur du planisphère de 1529. Celui-ci revient seul de la troisième expédition. Il ramène quand même à bon port le navire La Flamengue, lourdement chargé de bois du Brésil. Girolamo entreprend un quatrième voyage vers le Brésil, en 1529, sur le navire La Bonne Aventure, afin de ramener de nouveau du bois. C’était un voyage à des fins commerciales (De Brossard, 1983).

Giovanni da Verrazano mort, ses expéditions peu concluantes pour les non initiés, il tombe dans l’oubli et ses voyages restent méconnus du public français, d’autant que les textes concernant les découvertes sont écrits en Italien.

(…) le public français, ne fut […] initié aux découvertes que par des traductions […] l’italien semblait la langue maternelle des explorateurs : la première relation de Jacques Cartier (de 1534) n’a été connue d’abord qu’en cette langue, comme celle [de] Verrazano […] Ce sont des Italiens, Pierre Martyr [de Milan] (1516) et Ramusio [de Venise] (1550–56) qui firent les premières grandes histoires d’ensemble des explorations.

Drapeyron (1885) dans Hebbinckuys (2011)

L’avocat Marc Lescarbot ranime l’intérêt de ce public pour les expéditions françaises en publiant les relations de voyage de l’explorateur Verrazano, puis de De Monts, Poutrincourt, Champlain. Il suscite même l’engouement des Français avec son Histoire de la Nouvelle-France, Contenant les navigations découvertes, et habitations faites par les François ès Indes Occidentales et Nouvelle-France (Paris, 1618).

Toutefois, Verrazano reste un explorateur peu cité et un personnage dont l’enfance et la jeunesse demeurent plutôt mystérieuses. Assurément, il n’a pas rapporté des épices ou des pierres précieuses. Il n’a pas trouvé de passage vers l’Asie. Mais, il a été « l’un des premiers ethnographes du Nouveau-Monde. Humaniste, il écrit avec émotion, (…). Il rapportera de son voyage de merveilleuses descriptions des paysages qu’il découvre et des autochtones qu’il côtoie » (Hebbinckuys, 2011). Il a, de plus, permis à la France de prendre sa place sur le nouveau continent. À ce titre, il est le capitaine « qui a réalisé le voyage d’exploration le plus remarquable » (Julien, 1946).

Verrazano, sa jeunessse

Les origines du Florentin Giovanni da Verrazano demeurent sujettes à débat. Selon les chercheurs italiens, Verrazano serait né en 1485 en Italie, à Greve in Chianti. Son père serait Piero Andrea di Bernardo et sa mère, Fiammetta Cappella. Mais, selon les chercheurs français, Verrazano pourrait être né à Lyon, en 1485, de Alessandro di Bartolomeo et de Alessandra Guadagni, fille d’un célèbre banquier florentin émigré en France (Picquet, 1999).

On note que la lignée noble issue de Piero Andrea da Verrazano s’est éteinte, à Florence, en 1819, avec le chevalier Andrea da Verrazano (Gravier, 1898).

La jeunesse du futur explorateur reste un mystère également, faute de sources pour nous renseigner. On lui connaît quatre frères : Bernardo, l’aîné, banquier à Rome, Nicolô, Piero et le plus jeune Girolamo. Ce dernier accompagne Giovanni lors de ses expéditions maritimes. Il met à profit ses talents de cartographe pour dessiner les cartes des voyages. Le planisphère qu’il réalise en 1529 est devenu célèbre. Sur les cartes de Girolamo, les terres du Nouveau-Monde sont nommées Verrazzana (Verrazzanie) ou Nova-Gallia (Nouvelle-France).

Giovanni est issu de la noblesse florentine célèbre. Il reçoit donc une éducation due à son rang. Il développe aussi, dès le plus jeune âge, le goût pour les voyages. Selon Desmarquets, il aurait effectué un voyage avec Thomas Aubert jusqu’à Terre-Neuve en 1508, sur La Pensée appartenant à Jean Ango (Desmarquet, 1785). Aucune preuve ne peut cependant corroborer cette affirmation. Plusieurs auteurs s’accordent à dire, avec davantage de certitude, que Verrazano a séjourné au Caire et à Damas puis en Syrie, vers les années 1517 (Gravier, 1898) (Anthiaume, 1916) (Picquet, 1999).

Toutefois, c’est surtout à partir de 1522 que Verrazano est mieux connu, car il effectue des voyages en France pour des affaires commerciales. Il séjourne à Lyon, Rouen, Paris. Il s’avère que les Italiens sont très présents en France à cette époque, surtout à Lyon (Picquet, 1999). Selon certains auteurs, les Italiens sont même très bien accueillis à la cour de France jusqu’à dire que le palais de François 1er ressemblait plutôt à une cour italienne!

Avant de prendre connaissance des voyages de cet explorateur, remarquons que les graphies de son patronyme sont variées. L’historiographe du roi Louis XIV, le sieur de Rocols, écrit, d’ailleurs, Verazzan. L’historien espagnol Herrera (1549-1625) écrit, quant à lui, Iean Berrazano (De Herrera y Tordesillas, 1671, p. 497).

Comment doit-on alors écrire ce nom ? Combien de R, de Z ou de N? La réponse semble être dans la signature de l’intéressé qui écrit lui-même son nom avec deux R, un Z et un N :

(…) la signature authentique de Giovanni à Rouen en 1526 est latinisée en « Janus Verrazanus », alors que les Espagnols et les Portugais ont phonétisé le nom en « Verazano, Verrazano, Verozano » et même « Veramsano ». En outre, en France, comme c’était d’ailleurs le cas pour de nombreux Italiens installés de ce côté-ci des Alpes, apparaissent plusieurs formes francisées : « Varacenne, Varrasenne, Varassane, Varrasonne, Varezam, Verrassane, Verrazzane, Verassane », mais aussi « Verrazzane ». Le prénom de Giovanni est également francisé en « Jehan ». De plus, la particule « da » est transformée en « de », comme en témoignent une missive royale de 1523, le tabellionage de Rouen en 1526 et la signature de Girolamo sur la carte qu’il a établie en 1529.

Picquet, 1999

À suivre : L’explorateur Giovanni da Verrazano : sa vie, ses voyages (Partie 2)

TRAVAUX CITÉS

Anthiaume, A. (1916). Cartes marines, constructions navales, voyages de découverte chez les Normands, 1500-1650 (Vol. 2). Paris: Ernest Dumont Éditeur. Récupéré sur https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57844542

De Brossard, C.-a. (. (1983, Mai 14). Verrazano. (M. française, Éd.) Cols bleus : hebdomadaire de la Marine Française(1755), p. 35.

De Herrera y Tordesillas, A. (1671). Histoire générale des voyages et conquestes des Castillans dans les Isles & Terre-ferme des Indes Occidentales (Vol. 3). Paris: Traduit de l’Espagnol par De la Coste, N.

Desmarquet, J.-A.-S. (1785). Mémoires chronologiques pour servir à l’histoire de Dieppe, et à celle de la navigation françoise; avec un recueil abrégé des privilèges de cette ville. Paris,. Dans E. Le Corbeiller, La question Jean Cousin (Vol. 1, pp. 91-98). Bulletin de la Société de géographie, 7e série, tome XIX, 1898.

Gravier, G. (1898). Les voyages de Giovanni Verrazano sur les côtes d’Amérique avec des marins normands pour le compte du roi de France en 1524 et 1528. Rouen: Imprimerie E. Gagnard.

Hebbinckuys, N. (2011). Marc Lescarbot, premier commentateur d’un épisode clé de l’Histoire de la Nouvelle-France : la Relation de voyage du capitaine Verrazano en 1524. (U. Saint-Anne, Éd.) Port Acadie. Revue interdisciplinaire en études acadiennes(20-21). doi:https://doi.org/10.7202/1010324ar

Julien, C.-A. (1946). Les Français en Amérique pendant la première moitié du XVIe siècle. Dans N. Hebbinckuys, Marc Lescarbot, premier commentateur d’un épisode clé de l’Histoire de la Nouvelle-France : la Relation de voyage du capitaine Verrazano en 1524. Paris: PUF.

Picquet, T. (1999). Voyages d’un Florentin : Giovanni da Verrazzano (1485-1528). Cahiers d’études romanes(3). Récupéré sur http://journals.openedition.org/etudesromanes/3378 ; DOI : 10.4000/etudesromanes.3378

Trudel, M. (1962, Mars). Enfin les fleurs de lis, 1524. Revue d’histoire de l’Amérique française, 15(4), pp. 477-508. doi:https://doi.org/10.7202/302152ar

Illustration : Pierre (2017). Signature de Verrazano, Janus Verrazanus, mai 1526. Récupéré sur https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Verrazzano_signature.svg?uselang=fr

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